Veilles de guerre

Appel à communication pour un colloque en octobre 2014 à l'université de Bourgogne

Veilles de guerre
Date limite: 15 avril 2014

 

Colloque prévu les 16 et 17 octobre 2014

 

Le 15 juin 1914, la Grande Bretagne acceptait d’envoyer des représentants au conseil de surveillance du projet de la ligne de chemin de fer Berlin-Bagdad – elle acceptait ainsi, par une sorte de « gentlemen’s agreement », une participation potentielle du Reich allemand aux futures exploitations des richesses minières au Moyen Orient. Cet accord représentait une sorte d’issue pacifique à un conflit économico-politique entre plusieurs puissances impérialistes, une issue qui, dans une atmosphère tendue, pouvait être comprise comme un signe positif, dans le sens d’une entente entre les impérialismes rivaux. Un mois plus tard, le Reich poussait l’Autriche à déclencher une guerre contre la Serbie, qui devait vite se transformer en guerre européenne généralisée, bien que, après l’attentat qui avait coûté la vie à l’Archiduc, dans les cercles dirigeants à Vienne, un certain nombre de responsables aient insisté pour que l’ultimatum envoyé aux Serbes laissât une ouverture politique pour éviter la guerre.

Les sociétés des Etats européens étaient-elles mentalement prêtes – parce que préparées depuis longtemps à cette éventualité – à la Grande Guerre ? Si l’historiographie culturelle de la Grande Guerre, en France, a depuis longtemps fait le procès d’une acceptation du fait guerrier par la revanche, si les travaux de Norbert Elias ont montré l’empreinte du militarisme prussien sur la société allemande, la question demeure ouverte. Emilio Gentile, parmi d’autres, s’est attaché à trouver dans la modernité occidentale de la Belle Epoque une « prescience apocalyptique » structurée par la dialectique décadence/régénérescence. En Italie, dès 1909, le « Manifesto del futurismo » de Marinetti prônait ouvertement la guerre ; en Allemagne,  en cette même année, Georg Heym publiait un poème expressionniste clairement favorable à la guerre. En France, autour de 1913, Fernand Léger explorait une peinture abstraite, de formes géométriques renvoyant à une dépersonnalisation et une mécanisation dont le conflit moderne révélera la puissance de feu. Bientôt renforcées des premiers essais cubo-futuristes, dadaïstes et constructivistes, les avant-gardes défendaient un art de la déconstruction des formes, des taxinomies et des pratiques, qui devait mener à la destruction des valeurs artistiques et sociales.

Pour nombre d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes, la guerre représentait donc l’espoir d’un changement fondamental ; pour d’autres dans les cercles littéraires, artistiques, la guerre n’est que l’un des possibles de la période, pas nécessairement le plus probable : les convictions pacifistes animèrent ainsi le whitmanisme, le vitalisme, l’unanimisme en France comme en Belgique. ... Somme toute, à trop interroger a posteriori les productions intellectuelles et artistiques,  l’historiographie ne se condamne-t-elle pas à donner corps à la « prescience du conflit » ?

Le colloque que nous nous proposons d’organiser voudrait analyser les tendances guerrières ou pacifiques présentes dans les sociétés européennes avant la Grande Guerre, en réunissant des spécialistes d’histoire culturelle et politique, de littérature et de civilisation, d’histoire de l’art, pour montrer qu’il y eut plus d’une « veille » de guerre en Europe et que les frontières entre les propagandistes d’une grande tempête et les « pacifistes » étaient bien plus floues qu’on ne l’imagine.  

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