La Pemière Guerre mondiale en caricatures

La Première Guerre mondiale en caricatures
Mark Bryant, Hugo & Cie, 2010, 25 euros

La Première Guerre mondiale en caricatures, Mark Bryant, Hugo & Cie, Paris 2010, 160 pages, 25 euros.

L’amateur de satire graphique ne peut que se réjouir de la parution en octobre 2010 de cet ouvrage qui est la traduction d’un livre paru au Royaume-Uni en 2006. Il est l’œuvre d’un historien anglais, auteur également de Napoléon en caricatures et La Seconde Guerre mondiale.

Dans sa brève introduction, Mark Bryant souligne à juste titre l’impact considérable de la satire graphique durant la Première Guerre mondiale, la profusion des dessins de haine.
Son livre propose tout d’abord dans un premier chapitre intitulé « L’Avant-Guerre » quelques éclairages sur les quarante années qui séparent la guerre de 1870 du premier conflit mondial. Les chapitres suivants suivent la chronologie des événements et retracent année par année le déroulement des opérations.
La structure de chaque chapitre est analogue : Mark Bryant présente tout d’abord brièvement les événements marquants puis contextualise, en les reliant, différentes caricatures.

Le lecteur est heureux de découvrir de nombreuses caricatures qui complètent celles qu’il connaît déjà grâce aux ouvrages de Jean-Pierre Auclet (La Grande Guerre des crayons), de Eberhard Demm (Der erste Welktrieg in der Karikatur) ou aux ouvrages plus anciens de Avenarius ou Schulz-Besser (qui vient d’être réédité, cf. compte rendu à venir). On appréciera notamment quelques illustrations provenant d’organes de presse néerlandais, australien, polonais ou indien
L’ensemble suscite intérêt et réflexion. Cela dit, il faut préciser que cet ouvrage est celui d’un historien qui cherche à illustrer grâce à des dessins « parlants » un propos historique. En aucun cas, il ne s’agit d’une étude iconologique qui tente de décrypter grâce à des analyses précises quantitatives et qualitatives les évolutions des mentalités que retracent les caricaturistes dans les différents pays concernés.
L’essentiel du profit que l’on peut tirer de cet ouvrage réside dans la profusion de documents peu connus. Mais cette profusion pose problème. Même si l’on peut comprendre que l’auteur ait privilégié l’aire culturelle britannique, le lecteur est en droit de se demander quels ont été les critères de choix des différents documents : si l’on se réfère à la caricature allemande, on est surpris par exemple que la revue satirique ayant eu de très loin les plus grands tirages (Der Wahre Jacob) ne soit présente que par un seul dessin, peu représentatif du reste, on ne peut également que regretter que les désirs de paix évoqués par certains dessinateurs dès 1916-1917 (notamment par ceux de la revue socialiste mentionnée ci-dessus) ne soient pas évoqués. L’image globale est donc tronquée. Quelle est la représentativité des documents présentés, du seul document indien comme de la seule affiche philippine par exemple ?
Il s’agit bien, répétons-le, uniquement d’un propos historique illustré et c’est ainsi qu’il faut lire cet ouvrage qui ne tente pas de synthétiser, d’analyser, comme le fait en partie Jean-Pierre Auclert dans La Grande Guerre des crayons. De plus, couvrant une longue période historique riche en événements et en rebondissements, M. Bryant se livre à des généralisations abusives qui peuvent faire sursauter : comment peut-on émettre sans nuancer ce jugement catégorique « Les Allemands n’eurent jamais le sentiment d’avoir perdu la guerre » ?

En dépit de ces quelques remarques critiques qui ont pour objectif de mettre en lumière les limites méthodologiques de ce volume, nous pensons que ce livre a toute sa place dans la bibliothèque des amateurs de satire imagée.

JCG