Révolution et cultures populaires

Appel à contributions:
La révolution française dans les cultures populaires: mythologies contemporaines,

Musée de la Révolution française à Vizille, 21-23 mars 2012
Sujet qui peut intéreser les amateurs de satire graphique
Date limite: 30 avril 2011

La Révolution française dans les cultures populaires : mythologies contemporaines

Musée de la Révolution française à Vizille

21 - 23 mars 2012

Organisé par Martial Poirson

« Sans ce drapé extravagant, propre à tous les grands révolutionnaires, (…) la Révolution n’aurait pu être cet événement mythique qui a fécondé l’Histoire et toute idée de la Révolution. L’écriture révolutionnaire fut comme l’entéléchie de la légende révolutionnaire : elle intimidait et imposait une consécration civique du Sang »[1]. Rares sont les événements historiques ayant, au point de la Révolution française, engendré leur propre mythologie spontanée, conditionnant pour les siècles qui ont suivi sa perception fantasmatique et projective qui est encore dans une large mesure la nôtre aujourd’hui. Scène primitive à l’efficacité rituelle et symbolique inégalée ; mythe fondateur à vocation d’édification nationale et de légitimation institutionnelle ; fiction patrimoniale dont l’héritage nous est transmis en partage ; matrice d’un consensus qui n’est pas toujours unanime sur les valeurs démocratiques et républicaines ; source d’inspiration d’une production artistique tantôt critique et subversive, tantôt conformiste et consensuelle ; matière dont s’emparent les cultures populaires à travers toutes sortes de médiations symboliques, parfois inattendues, la Révolution française n’a peut-être jamais été aussi présente qu’aujourd’hui, à la fois dans le discours, en régime de « mythocratie », et dans les objets, qui fonctionnent comme un système de signes, autrement dit, comme un « mythe moderne », au sens de Roland Barthes[2].

Souvent analysée en termes de « légende »[3], insistant sur son caractère d’avènement fondateur, la Révolution l’est moins comme une « mythologie » propre à notre temps. Une telle notion s’avère pourtant féconde pour envisager les réappropriations et détournements dont son imaginaire symbolique peut faire l’objet, en particulier au sein des cultures populaires et de leurs relais médiatiques de masse. La plupart du temps à dominante essentiellement visuelle, alors que la connaissance érudite est plutôt fondée sur des ressources textuelles, ces représentations populaires parfois très documentées entretiennent, sciemment (transgression, falsification, travestissement) ou non (ignorance, clichés, stéréotypes), des effets de distorsion avec la culture savante et le discours officiel de consécration républicaine. Or ce sont précisément ces « idées fausses » qui, selon la perspective adoptée ici, sont dignes d’intérêt dans la perspective d’une histoire sociale et culturelle de l’imaginaire révolutionnaire contemporain. Une attention toute particulière sera accordée aux phénomènes de transferts et de réinterprétations, dans les cultures étrangères et aires géographiques les plus diverses, de ce mythe fondateur souvent considéré comme emblématique d’un certain « esprit français » qui reste à définir.

Si l’historiographie de la Révolution française a bénéficié, depuis un certain nombre d’années, de travaux novateurs et de perspectives de recherche renouvelées, interrogeant les discours de savoir qui lui sont consacrés, tel est moins le cas du processus de mémoire sélective et de réinvestissement symbolique au fondement de nos représentations sociales et culturelles contemporaines, qui innervent jusqu’aux cultures du quotidien et se cristallisent dans des objets issus de la société et de la culture de masse. Le réinvestissement de patrimoine historique est en effet devenu une pratique courante concernant la Révolution, non seulement au sein du discours politique et médiatique, mais encore au sein des formes dérivées de cultures et de pratiques populaires. Leur analyse et leur conservation sont d’autant plus urgentes que leurs supports, considérés comme impurs et partie prenante de processus de diffusion massifiée et de consommation à grande échelle, sont particulièrement altérables, périssables et sujets aux modes de conservation aléatoires ou arbitraires de collectionneurs privés. En effet, leur patrimonialité ne va pas de soi, impliquant une conception élargie de l’historiographie révolutionnaire. On cherchera donc à constituer comme objets scientifiques entièrement légitimes les idées, parfois fausses sur le plan historiographique, de ces imaginaires révolutionnaires profondément enracinés dans une diffuse conscience collective, nourrissant une opinion commune stéréotypée, mais aussi fantasmatique, source d’une interrogation renouvelée sur les représentations de l’Histoire.

Plusieurs pistes seront privilégiées, qui n’excluront pas d’autres approches possibles :

- On interrogera les effets de citation, de transposition et surtout, de focalisation de l’opinion commune sur certains épisodes considérés comme emblématiques, sur les topiques récurrentes données pour représentatives d’une vulgate ou pour le moins, d’un imaginaire révolutionnaire largement partagé, en France comme, selon des modalités différentes, à l’étranger.

- On identifiera, sous bénéfice d’inventaire, les formes de figuration et de diffusion, parfois à très grande échelle, d’une doxa associée aux mythologies révolutionnaires, à travers différentes sources de médiation : publicité, cinéma, produits dérivés, bande dessinée, mangas, fictions policières, spectacles de reconstitution historique, animations de sites touristiques (sons et lumières), produits de consommation courante, industries du luxe, clips musicaux, animations, jeux pour enfants… On cherchera à retracer les modes de citation et de circulation, parfois inattendus, des objets et images qui leur sont associés, afin d’en interroger les usages tant sociaux que culturels.

- On envisagera les postures dont relèvent ces modes de réappropriation spontanés véhiculés par les cultures populaires, aux marges de tout discours savant ou de toute forme de consécration institutionnelle ou académique, et tout particulièrement les écarts, contresens, illusions rétrospectives, actualisations, déterritorialisations, erreurs de perspective, anachronismes assumés, voire revendiqués par ces supports de diffusion à grande échelle.

- On analysera enfin les tentatives d’instrumentalisation, tantôt à des fins idéologiques, tantôt en fonction de considérations commerciales, de ces stéréotypes révolutionnaires, sources d’une mobilisation collective d’autant plus efficace qu’elle prétend s’affranchir de l’Histoire au profit de relectures actualisantes et s’enracine dans une période historique – la nôtre – marquée par la prédominance de l’art de raconter des histoires comme mode de gouvernement des esprits et de production des affects.

Evénements associés, en partenariat avec le Musée de la Révolution française à Vizille :

- Publication d’un volume richement illustré, à la suite du colloque, sur le thème des « Mythologies révolutionnaire » ;

- « La Révolution française dans les cultures et pratiques populaires », exposition qui se déroulera de juillet 2012 à juillet 2013, avec édition d’un catalogue ;

- « La révolution fait son cinéma », conception d’une salle permanente du musée consacrée au cinéma, inaugurée en juillet 2012 ;

- Conception et animation d’un site internet proposant une base de données et de ressources en ligne consacrées à la représentation de la Révolution française dans les cultures et médias populaires.

Comité d’organisation : Alain Chevalier (directeur du Musée de la Révolution française) et Martial Poirson (Université Stendhal-Grenoble III, UMR LIRE-CNRS).

Président du comité scientifique : Daniel Roche (Collège de France) ; Robert Darnton (Harvard University).

Comité scientifique : Baczko Bronislaw (Université de Genève, Suisse) ; Jacques Berchtold (Université Paris IV-La Sorbonne) ; Serge Bianchi (Université de Rennes II) ; Michel Biard (Université de Rouen) ; Jean-Claude Bonnet (Université Paris IV-La Sorbonne-CNRS) ; Philippe Bourdin (Université de Clermont-Ferrand, Société d’Etudes robespierristes) ; Gregory Brown (University of Nevada, Las Vegas, Etats Unis) ; Alain Chevalier (directeur du Musée de la Révolution française) ; Yves Citton (Université Stendhal-Grenoble III, UMR LIRE-CNRS) ; Michel Delon (Université Paris IV-La Sorbonne) ; Jean-Marie Goulemot (Université François Rabelais-Tours) ; Laurent Loty (Université de Rennes II) ; Sarga Moussa (UMR LIRE-CNRS) ; Martial Poirson (Université Stendhal-Grenoble III, UMR LIRE-CNRS) ; Michel Porret (Université de Genève, Suisse) ; Jeffrey Ravel (Massachusetts Institut of Technology, Boston, Etats Unis) ; Jean Sgard (Université Stendhal-Grenoble III, UMR LIRE-CNRS) ; Guy Spielmann (Georgetown University).

Partenaires du projet : UMR LIRE-CNRS ; Université Stendhal-Grenoble III ; Société Française d’Etudes sur le Dix-huitième Siècle ? ; Société des études Robespierristes ?

Prière d’envoyer vos propositions de contribution, d’environ 750 mots, avec un titre, incluant vos coordonnées, votre appartenance institutionnelle, une adresse postale et une adresse électronique avant le 30 avril 2011 à Alain Chevalier, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.; Martial Poirson, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.; LIRE Secrétariat, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.



[1] Roland Barthes, Le degré zéro de l’écriture, « Ecritures politiques », in Œuvres complètes, Paris, Seuil, 2002, volume I, pp. 134-135.

[2] Roland Barthes, Mythologies, « Le mythe aujourd’hui », Paris, Seuil, 1957, pp. 193-247.

[3] Christian Croisille et Jean Ehrard (dir.), La légende de la Révolution, Presses de l’université de Clermont-Ferrand, 1988 ; Jean-Claude Bonnet et Philippe Roger (dir.), La légende de la Révolution au XXe siècle, de Gance à Renoir, de Romain Rolland à Claude Simon, Paris, Flammarion, 1989.